La rencontre du 28 juillet 2026 entre Karim Zidane et l’ambassadeur du Bahreïn au Maroc remet le corridor Maroc–Golfe au centre de l’agenda économique. Au-delà du signal diplomatique, six chaînes de valeur pourraient transformer ce rapprochement en projets.
Le 28 juillet 2026, Karim Zidane, ministre délégué auprès du Chef du gouvernement chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, a annoncé avoir reçu Khalid bin Salman bin Jabr Al-Musallam, ambassadeur du Royaume de Bahreïn au Maroc.
Dans sa publication, le ministre a indiqué que l’échange avait porté sur le renforcement de la coopération économique, l’augmentation des investissements réciproques, les réformes marocaines du climat des affaires et la nouvelle Charte de l’investissement. Il a également fait état de la disponibilité de son département à accompagner les investisseurs bahreïnis dans la concrétisation de leurs projets.
Cette rencontre constitue un signal d’ouverture économique. Elle n’est cependant ni l’annonce d’un fonds commun, ni celle d’un projet industriel déjà contractualisé. Cette distinction permet d’analyser les opportunités sans transformer une séquence diplomatique en engagement commercial inexistant.
Une volonté officielle de renforcer la coopération économique et l’accompagnement des investisseurs bahreïnis.
Des entreprises désignées, des montants bilatéraux engagés, des sites de projets ou un calendrier d’exécution.
Pourquoi ce signal mérite l’attention des investisseurs
La séquence intervient au moment où le Maroc accélère l’opérationnalisation de sa politique d’investissement. Le 3 juillet 2026, le portail officiel Maroc.ma indiquait que la 11e Commission nationale des investissements avait approuvé 29 projets de conventions représentant près de 42 milliards de dirhams et environ 9 800 emplois directs et indirects. Les secteurs couverts incluent notamment l’agroalimentaire, les infrastructures portuaires, l’aéronautique, la logistique, le tourisme, les télécommunications, le véhicule électrique et les énergies renouvelables.
Ces chiffres ne garantissent pas la réussite d’un projet particulier, mais montrent que le dispositif marocain a dépassé le stade du seul discours d’attractivité. Le ministère de l’Investissement présente par ailleurs l’amélioration du climat des affaires comme l’un des piliers de la Charte. La feuille de route 2023–2026 couvre la digitalisation et la déconcentration des procédures, l’accès au foncier et aux financements, la compétitivité logistique, la décarbonation industrielle, la R&D, les startups et la formation.
Pour un investisseur basé à Manama, Riyad, Dubaï, Abou Dhabi, Doha, Koweït ou Mascate, la question n’est donc pas uniquement « pourquoi investir au Maroc ? ». Elle devient : quel véhicule, quelle région, quel partenaire industriel et quel marché de sortie permettent de construire une opération Golfe–Maroc–Afrique–Europe ?
Un socle institutionnel déjà plus large qu’une réunion
La relation ne part pas de zéro. Le 16 février 2026, la sixième session de la Haute Commission mixte Maroc–Bahreïn s’est tenue à Laâyoune. Le ministère bahreïni des Affaires étrangères a documenté des accords et mémorandums portant notamment sur la coopération douanière, l’agriculture, la production animale, le développement rural, la sécurité alimentaire, la protection sociale et l’exemption de visa pour certaines catégories de passeports.
Un second cadre élargit la logique bilatérale. Depuis janvier 2024, le Maroc participe avec le Bahreïn, les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Jordanie au Partenariat industriel intégré pour un développement économique durable. Le mécanisme vise la complémentarité industrielle, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, la réduction des coûts et le développement de projets entre pays membres.
Le véritable potentiel n’est donc pas seulement Maroc–Bahreïn. Il réside dans des montages triangulaires ou multilatéraux associant fonds, industriels, banques, opérateurs logistiques, territoires et acheteurs de plusieurs marchés.
Six corridors d’investissement à transformer en projets
1. Finance, fintech et structuration du capital
Bahreïn dispose d’un écosystème développé dans les services financiers, la banque islamique, les paiements et la fintech. Le Maroc dispose, pour sa part, de banques actives en Afrique, de Casablanca Finance City, de fonds d’investissement, d’acteurs du financement de projet et d’une demande en capitaux pour l’industrie, les infrastructures et la transition numérique.
Une structure opérée entre Manama et Casablanca pourrait, sous réserve des autorisations réglementaires applicables, accompagner des entreprises vers plusieurs marchés africains. Le modèle le plus crédible ne serait pas un fonds annoncé sans pipeline, mais un véhicule thématique adossé à des projets préqualifiés : logistique, hôtellerie, industrie alimentaire, plateformes numériques, efficacité énergétique ou infrastructures urbaines.
2. Industrie, mobilité et chaînes d’approvisionnement
Le Maroc a développé des chaînes de valeur dans l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, le textile, l’agro-industrie et les énergies renouvelables. Bahrain EDB positionne également la fabrication, la logistique et les transports parmi ses secteurs prioritaires.
Les investisseurs devraient rechercher des projets capables de démontrer trois avantages simultanés : une base industrielle compétitive, une logistique internationale et un débouché commercial identifié. L’enjeu n’est pas de déplacer une usine pour profiter d’une seule incitation, mais de construire une chaîne de valeur résiliente.
3. Ports, logistique et distribution Afrique–Europe
Tanger Med donne une dimension concrète à la thèse du corridor. Le groupe indique opérer et développer 3 000 hectares de zones aménagées accueillant plus de 1 500 entreprises et ayant créé 145 000 emplois. Il présente également une activité totale de 12,42 millions d’EVP à l’échelle du groupe.
Pour les entreprises de Bahreïn et du Conseil de coopération du Golfe, le Maroc peut servir de base de production, de transformation ou de distribution vers l’Europe occidentale, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. En sens inverse, Bahreïn peut constituer un point d’ancrage vers le Golfe et certains flux asiatiques.
4. Agro-industrie, eau et sécurité alimentaire
L’agriculture, la production animale, le développement rural et la sécurité alimentaire figurent déjà dans les domaines de coopération documentés en février 2026. Les entreprises peuvent explorer l’irrigation intelligente, la réutilisation de l’eau, l’agritech, les serres, la transformation alimentaire, l’emballage, le stockage frigorifique, la certification, la logistique halal et la réduction des pertes.
Un projet sérieux devra intégrer la disponibilité de l’eau, l’empreinte énergétique, la résilience climatique, la contractualisation des achats et le partage de valeur avec les territoires. La sécurité alimentaire dépend d’un système reliant ressources, production, données, transport et demande.
5. Numérique, IA, cloud et cybersécurité
Le numérique est probablement le corridor le plus rapide à tester, car il exige moins d’immobilisations physiques qu’un projet industriel lourd. Digital Morocco 2030 donne au Maroc une trajectoire nationale pour les services publics numériques, l’économie digitale, les talents et l’écosystème technologique. Bahreïn développe de son côté des opportunités dans l’ICT, le cloud, les centres de données, la fintech et les services numériques.
Les entreprises doivent traiter dès le départ la protection des données, la cybersécurité, la propriété intellectuelle, l’hébergement, l’interopérabilité et la gouvernance algorithmique.
6. Tourisme, immobilier, hospitalité et infrastructures durables
Le tourisme et l’immobilier offrent des possibilités allant au-delà de la construction hôtelière : gestion d’actifs, résidences de marque, équipements, wellness, restauration, mobilité touristique, solutions de réservation, efficacité énergétique, gestion de l’eau, matériaux bas carbone et expérience client.
Pour les investisseurs du Bahreïn, d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, du Koweït et d’Oman, la valeur d’un projet marocain dépendra de son emplacement, de sa demande réelle, de son opérateur, de sa structure de financement et de sa capacité à fonctionner toute l’année.
Quels pays et quelles entreprises sont concernés ?
Le corridor Maroc–Bahreïn doit être lu comme une architecture ouverte, pas comme un axe fermé à deux marchés.
| Cercle de marché | Pays à mobiliser | Profils recherchés |
|---|---|---|
| Conseil de coopération du Golfe | Bahreïn, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Oman | Fonds souverains, family offices, banques, fintechs, promoteurs, hôtellerie, industrie, logistique |
| Partenariat industriel régional | Maroc, Bahreïn, Émirats arabes unis, Égypte, Jordanie | Industriels, équipementiers, agroalimentaire, emballage, pharmacie, énergie, supply chain |
| Europe et Méditerranée | Espagne, Portugal, France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni | Entreprises exportatrices, ingénierie, mobilité, cleantech, tourisme, fournisseurs industriels |
| Afrique | Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria, Kenya, Afrique du Sud | Distributeurs, banques, opérateurs d’infrastructure, développeurs, acheteurs publics et privés |
| Capital et technologie mondiaux | États-Unis, Canada, Chine, Inde, Japon, Corée du Sud, Singapour | Fonds, cloud, IA, électronique, mobilité, data centers, venture capital, corporate innovation |
Ce qu’un investisseur doit vérifier avant de s’engager
Une bonne relation diplomatique réduit certains frottements, mais ne remplace jamais la due diligence.
La lecture NEXUS : connecter le capital aux systèmes réels
NEXUS Expo & Summit considère l’investissement comme une interface entre quatre méta-systèmes. Un projet devient plus robuste lorsqu’il relie ces dimensions au lieu de traiter séparément capital, infrastructure, technologie et marché.
Une plateforme logistique sans données perd en performance ; un hôtel sans mobilité ni gestion de l’eau devient vulnérable ; une fintech sans cas d’usage industriel reste isolée ; une chaîne alimentaire sans froid, certification et demande contractualisée demeure fragile.
NEXUS Expo & Summit, organisé à Tanger du 11 au 15 novembre 2026, entend offrir un espace de rencontre entre entreprises, investisseurs, institutions, experts, porteurs de projets et opérateurs des quatre univers.
De l’intention au projet : choisissez votre voie
Investisseurs
Explorez des projets, opérateurs et partenaires capables de construire des opérations Maroc–Golfe–Afrique.
Parcours investisseursEntreprises
Présentez vos technologies, produits, services ou capacités industrielles aux quatre univers NEXUS.
Devenir exposantPartenaires
Construisez une mission d’affaires, un programme sectoriel, un panel ou une séquence B2B et B2G.
Devenir partenaireQuestions fréquentes
Pourquoi le Maroc intéresse-t-il les investisseurs bahreïnis et du Golfe ?
Le Maroc combine une politique d’attractivité renforcée, des chaînes industrielles exportatrices, une plateforme portuaire et logistique majeure à Tanger Med et des connexions économiques avec l’Afrique et l’Europe. L’intérêt dépend toutefois de chaque projet : marché, foncier, autorisations, partenaires, ressources, financement et rentabilité doivent être vérifiés séparément.
Existe-t-il déjà un grand fonds d’investissement Maroc–Bahreïn annoncé en 2026 ?
Les sources publiques consultées au 28 juillet 2026 confirment un cadre politique actif et une volonté d’accroître les investissements réciproques. Elles ne documentent pas encore un grand fonds bilatéral nouvellement annoncé, doté d’un montant, d’une gouvernance et d’un pipeline public de projets.
Quels secteurs offrent les complémentarités les plus fortes ?
Six corridors ressortent : finance et fintech ; industrie et supply chain ; ports et logistique ; agro-industrie et sécurité alimentaire ; numérique, IA, cloud et cybersécurité ; tourisme, immobilier et infrastructures durables.
Comment une entreprise bahreïnie peut-elle préparer un projet au Maroc ?
Elle doit définir son marché cible, choisir une région, qualifier des partenaires, établir un modèle financier, vérifier les autorisations et analyser la Charte avec les organismes compétents. L’AMDIE et les Centres régionaux d’investissement constituent des points d’entrée publics ; les conseils juridiques, fiscaux et techniques restent indispensables.
Quel rôle NEXUS peut-il jouer ?
NEXUS peut créer un espace de visibilité, de dialogue et de mise en relation autour de cas d’usage concrets. NEXUS n’est ni une autorité d’approbation ni un conseil financier : chaque engagement commercial, réglementaire ou financier doit faire l’objet d’une vérification indépendante.
Conclusion
La rencontre Maroc–Bahreïn du 28 juillet 2026 ne vaut pas encore portefeuille de projets. Elle indique cependant que les conditions politiques, institutionnelles et sectorielles d’un corridor d’investissement sont en train de s’aligner.
Pour le Bahreïn et les investisseurs du Golfe, le Maroc peut devenir une base vers l’Afrique et l’Europe. Pour les entreprises marocaines, Bahreïn peut ouvrir un accès vers le GCC et des partenaires financiers ou technologiques. Pour les acteurs européens, africains, asiatiques et nord-américains, le corridor peut servir de plateforme de co-investissement et de co-développement.
Le potentiel existe. Sa valeur dépendra désormais de la qualité des projets qui remplaceront les intentions.
Sources
- Publication de Karim Zidane sur la rencontre avec l’ambassadeur du Bahreïn, 28 juillet 2026 — source primaire fournie sous forme de capture.
- Ministère des Affaires étrangères de Bahreïn — Sixième session de la Haute Commission mixte.
- Maroc.ma — 11e Commission nationale des investissements, 3 juillet 2026.
- Ministère de l’Investissement — Climat des affaires.
- Ministère de l’Industrie et du Commerce — Partenariat industriel intégré.
- Tanger Med Group — chiffres clés.
- Casablanca Finance City — connexions avec l’Afrique.
- Bahrain EDB — secteurs prioritaires et investissements attirés en 2024.
- Ministère de la Transition numérique — Digital Morocco 2030.
Les 6 corridors
- Finance & fintech
- Industrie & supply chain
- Ports & logistique
- Agro-industrie & eau
- IA, cloud & cyber
- Tourisme & immobilier
Repère éditorial
Les faits confirmés sont séparés des opportunités proposées. Aucun investisseur, projet ou partenariat NEXUS n’est présenté comme confirmé sans preuve.