CJES Africa : le prochain défi de l’entrepreneuriat africain n’est plus seulement de créer des entreprises, mais de leur ouvrir les marchés
Pendant plus d’une décennie, une grande partie du débat entrepreneurial africain s’est concentrée sur la création de startups, l’incubation et le financement. Une autre question devient désormais centrale : que se passe-t-il après la création de l’entreprise ?
Créer une entreprise ne garantit ni son accès à un premier client, ni sa capacité à répondre à un appel d’offres, ni son intégration dans une chaîne de valeur, ni même sa survie.
C’est précisément sur cet espace situé entre la naissance d’une entreprise et sa capacité réelle à faire du business que CJES Africa construit progressivement son positionnement.
La Confédération des Jeunes Entreprises et Startups d’Afrique se présente comme un réseau panafricain structuré par pays, destiné à accompagner les jeunes entreprises, startups, PME, coopératives et entrepreneurs dans leur structuration, leur mise en réseau et leur accès aux opportunités économiques.
Son approche permet surtout de poser une question beaucoup plus large pour l’économie du continent :
Et si le prochain enjeu entrepreneurial de l’Afrique n’était plus seulement de multiplier les entreprises, mais de construire les infrastructures économiques qui leur permettent de vendre, d’exécuter, de grandir et de traverser les frontières ?
La création d’entreprises n’est que le premier maillon. La transformation économique commence lorsque ces entreprises deviennent capables de gérer leurs opérations, gagner des contrats, rassurer des donneurs d’ordre, accéder aux financements, rejoindre des chaînes de valeur et développer des relations commerciales au-delà de leur marché d’origine.
1. De CJET à CJES Africa : quand une expérience nationale devient une ambition continentale
L’histoire publique de CJES prend racine au Togo. Une première dynamique, initialement appelée CJET, est issue d’une phase pilote engagée en 2018 avant une formalisation en 2023.
L’expérience togolaise s’est ensuite inscrite dans une ambition plus large : déployer une architecture organisée par pays sous la bannière CJES Africa.
Le principe est simple mais structurant : chaque territoire conserve ses réalités économiques, ses entreprises et ses priorités, tout en étant relié à un réseau continental capable de faciliter apprentissage, coopération et connexions économiques.
Renforcer les capacités concrètes des dirigeants et des organisations.
Réduire l’isolement entrepreneurial et créer des communautés économiques.
Créer des passerelles vers entreprises, institutions, marchés et financeurs.
Faire remonter les réalités des jeunes entreprises dans le dialogue économique.
2. Le vrai problème commence souvent après la création de l’entreprise
L’écosystème entrepreneurial valorise naturellement la création : lancement d’une société, concours, programme d’incubation, levée de fonds ou première communication.
Mais entre avoir une entreprise et avoir une entreprise économiquement viable, l’écart peut être considérable.
Une jeune structure doit rapidement apprendre à répondre à des besoins beaucoup moins visibles : gouvernance, gestion, conformité, contractualisation, qualité d’exécution, références commerciales, trésorerie, recrutement, digitalisation et relation avec les donneurs d’ordre.
C’est cette logique que CJES met en avant : avant d’exposer massivement une entreprise au financement ou à de grands marchés, il faut augmenter sa capacité réelle à exécuter.
3. Le premier contrat peut valoir davantage qu’une première récompense
L’un des dispositifs les plus révélateurs de cette philosophie est Les Premiers Deals.
Son point de départ est particulièrement concret : une entreprise débutante peut disposer de compétences et d’un produit viable tout en restant exclue des marchés faute de références, de maîtrise contractuelle ou de confiance de la part des acheteurs.
Le dispositif cherche donc à travailler sur la crédibilité économique : préparation aux standards des marchés, compréhension des dossiers, mise en relation avec les donneurs d’ordre, suivi de l’exécution et amélioration progressive de la capacité à répondre à des opportunités plus importantes.
Le changement de logique
De « trouver du financement pour créer une entreprise »
à « construire une entreprise suffisamment crédible pour gagner des marchés ».
4. Structurer avant de financer
Cette philosophie apparaît également dans le PIDC-PME, programme présenté par CJES Togo autour de la détection, du diagnostic et de l’accompagnement de PME et coopératives.
Le principe est de ne pas considérer le financement comme une réponse automatique à toutes les difficultés entrepreneuriales.
Une entreprise doit d’abord démontrer un niveau minimal de viabilité opérationnelle, de discipline organisationnelle et de capacité commerciale. L’appui peut alors évoluer avec la performance observée et les opportunités effectivement accessibles.
Cette séquence paraît moins spectaculaire qu’une annonce de levée de fonds. Elle touche pourtant à un problème essentiel : le capital ne corrige pas automatiquement une organisation qui n’est pas prête à l’utiliser.
5. Former à ce que l’entreprise doit réellement savoir faire
Avec CJES Academy, le réseau pousse la même logique du côté des compétences.
L’objectif affiché n’est pas uniquement de multiplier les formations théoriques, mais de proposer des contenus applicables en gestion, gouvernance, conformité, digitalisation, marchés, leadership et posture du dirigeant.
L’approche hybride, digitale et présentielle, ainsi que l’intégration de contenus adaptés aux réalités locales, répond à une autre difficulté structurelle : les entrepreneurs qui ont le plus besoin d’accompagnement ne sont pas nécessairement ceux qui ont le plus facilement accès aux dispositifs classiques.
marchés publics obtenus entre 2018 et 2025 selon CJES Togo.
CJES Togo évalue leur montant cumulé à près de 5 milliards FCFA. Ces données concernent l’expérience togolaise et ne doivent pas être extrapolées à l’ensemble du réseau CJES Africa.
6. Le Maroc peut devenir un point d’articulation entre plusieurs marchés
Dans cette architecture panafricaine, CJES Maroc ouvre une perspective particulièrement intéressante.
La question dépasse la représentation nationale du réseau. Elle concerne la capacité à connecter davantage les entrepreneurs et jeunes entreprises africaines à un écosystème marocain lui-même relié aux marchés du continent, de l’Europe, de la Méditerranée et aux flux d’investissement internationaux.
Le potentiel est particulièrement fort lorsque la relation ne se limite pas à du networking institutionnel, mais débouche sur des sujets opérationnels : fournisseurs, distribution, implantation commerciale, innovation, sous-traitance, investissement, formation, sourcing et partenariats entre entreprises.
Pour les jeunes entreprises africaines, l’enjeu est moins d’accumuler des contacts que de construire des corridors économiques utilisables.
7. Pourquoi cette logique rejoint directement l’écosystème NEXUS
NEXUS repose sur un constat comparable : la valeur économique se crée rarement dans un secteur isolé.
Une PME de construction dépend de solutions énergétiques, de mobilité, de finance et de technologie. Une marque de mode dépend de production, logistique, retail, paiement et distribution. Une entreprise de mobilité dépend d’infrastructures, d’industrie, de data et de financement.
C’est pourquoi le sujet CJES dépasse largement le seul univers des startups.
| Univers NEXUS | Enjeu pour les jeunes entreprises |
|---|---|
| LIVING | Construction, territoires, habitat, énergie, hospitality et accès aux marchés liés au développement urbain. |
| MOTION | Transport, logistique, industrie, infrastructure et intégration de nouveaux fournisseurs dans les chaînes de valeur. |
| STYLE | Mode, artisanat, beauté, design et transformation d’un savoir-faire en marque distribuable et exportable. |
| TECH | Digitalisation, fintech, IA, plateformes, données et technologies permettant aux PME d’augmenter leur capacité d’exécution. |
8. De la communauté entrepreneuriale à l’infrastructure économique
Le véritable potentiel de réseaux comme CJES apparaît lorsque l’on cesse de mesurer leur utilité uniquement au nombre de membres ou d’événements organisés.
Une infrastructure entrepreneuriale performante devrait pouvoir répondre à des questions beaucoup plus concrètes :
- Cette entreprise est-elle suffisamment structurée pour exécuter un contrat ?
- Quels acheteurs pourraient réellement avoir besoin de son offre ?
- Quels standards doit-elle atteindre pour devenir fournisseur ?
- Quel financement correspond réellement à son niveau de maturité ?
- Dans quels pays ou chaînes de valeur son offre peut-elle être pertinente ?
- Quels partenaires peuvent réduire son coût ou son risque d’entrée sur un nouveau marché ?
Autrement dit, passer de la communauté à l’infrastructure de transaction, de confiance et de croissance.
9. Le véritable enjeu : transformer les connexions en capacité économique
L’Afrique dispose déjà d’entrepreneurs, d’idées, de besoins et de marchés.
Le défi des prochaines années sera davantage de construire les interfaces capables de relier ces éléments entre eux.
Un entrepreneur isolé peut créer une activité. Une entreprise structurée peut gagner un client. Un réseau organisé peut ouvrir un marché. Et un écosystème connecté peut progressivement créer une chaîne de valeur.
C’est à cette échelle que la démarche de CJES Africa devient particulièrement intéressante à observer.
Le business ne fonctionne pas en silos. L’entrepreneuriat non plus.
Accès au marché, financement, technologie, mobilité, territoires, distribution, compétences et internationalisation ne sont pas des problématiques séparées.
Elles forment un même système.
C’est précisément la logique que NEXUS cherche à rendre visible en reliant entreprises, acheteurs, investisseurs, institutions et territoires à travers LIVING, MOTION, STYLE et TECH.
Dans cette perspective, CJES Africa offre un terrain d’observation particulièrement pertinent : celui du passage de l’entrepreneur à l’entreprise, puis de l’entreprise au marché, et enfin du marché national aux chaînes de valeur africaines et internationales.
Sources essentielles
CJES Africa — Présentation institutionnelle, mission et vision.
CJES Togo — Présentation institutionnelle et historique.
CJES Togo — Les Premiers Deals : accès au marché par la crédibilité.
CJES Togo — CJES Academy.
CJES Togo — PIDC-PME.
NEXUS Expo & Summit — Plateforme officielle et Founding Season 2026–2027.
Note éditoriale : les chiffres concernant les marchés publics sont ceux déclarés par CJES Togo et concernent son expérience togolaise. Ils ne sont pas extrapolés à CJES Africa ou CJES Maroc.